L'histoire viticole du Languedoc, des Romains à aujourd'hui
Mon père, Dédou, était viticulteur. Mes frères le sont encore. La famille est à Florensac depuis plus de deux cents ans, et le vin a toujours fait partie de la maison. Ce que je raconte ici, c’est l’histoire du Languedoc viticole. Mais c’est aussi un peu la nôtre.
Les Romains, les premiers
Les Grecs avaient planté des vignes autour de Narbonne et Béziers vers le Ve siècle avant J.-C. Mais ce sont les Romains qui ont développé la viticulture à grande échelle dans ce qu’ils appelaient la Narbonnaise. Dès le Ier siècle, les vins du Languedoc voyageaient en amphores vers Rome.
On a retrouvé des vestiges de domaines viticoles romains un peu partout dans l’Hérault. À Loupian, à 15 km de Florensac, la villa gallo-romaine avait sa propre production. Le musée de Loupian expose les mosaïques du site, mais le vin est passé par là aussi.
L’empereur Domitien, en 92 après J.-C., a ordonné l’arrachage de la moitié des vignes de la Gaule pour protéger les vignerons italiens. Deux siècles plus tard, l’empereur Probus a annulé le décret. Les vignes sont revenues.
Le Moyen Âge et les abbayes
Après la chute de Rome, ce sont les moines qui ont maintenu la viticulture. Les abbayes possédaient des vignobles dans tout le Languedoc. L’abbaye de Valmagne, entre Villeveyrac et Montagnac (à 20 minutes de Florensac), est un bon exemple. Fondée en 1138, elle produisait du vin pour ses propres besoins et pour le commerce. Aujourd’hui encore, les cuves sont dans la nef de l’église. On peut les voir lors de la visite.
Les vins du Languedoc étaient exportés depuis les ports de Sète, Agde et Narbonne. Pas des grands crus, mais des vins solides et abondants. La réputation était honnête, pas prestigieuse.
Le canal du Midi et l’explosion
Au XVIIe siècle, le canal du Midi (achevé en 1681) a changé la donne. Le vin du Languedoc pouvait désormais voyager jusqu’à Bordeaux et au-delà sans passer par les routes cabossées. La production a augmenté.
Mais c’est le XIXe siècle qui a tout transformé. Le chemin de fer, arrivé dans les années 1850, a connecté le Languedoc à Paris et aux villes du nord. La demande de vin bon marché a explosé. Le Languedoc est devenu le fournisseur de la France ouvrière. Les plaines se sont couvertes de vignes, d’Agde à Narbonne, de Béziers à Montpellier.
À Florensac, comme dans tous les villages du coin, le vin est devenu l’activité principale. Chaque famille avait ses vignes, son chai, son mulet pour les vendanges. La nôtre ne faisait pas exception.
Le phylloxéra et la reconstruction
En 1863, un puceron venu d’Amérique, le phylloxéra, a commencé à détruire les vignobles français. Le Languedoc a été touché dans les années 1870-1880. En quelques années, des milliers d’hectares ont été ravagés.
La solution est venue d’un greffage : le cépage français sur des porte-greffes américains résistants au puceron. La reconstruction a pris vingt ans. Les paysages viticoles que l’on voit aujourd’hui datent de cette replantation.
La révolte de 1907
En 1907, la crise viticole a éclaté. Surproduction, fraude (coupage du vin avec du sucre et de l’eau), effondrement des prix. Les vignerons du Languedoc se sont révoltés. Le 9 juin 1907, à Montpellier, entre 500 000 et 800 000 personnes ont manifesté. C’est une des plus grandes manifestations de l’histoire de France.
À Béziers, le 20 juin, les soldats du 17e régiment d’infanterie, originaires de la région, ont refusé de tirer sur les manifestants. L’épisode est resté dans la mémoire collective. Il y a une chanson, “Gloire au 17e”, qu’on entend encore parfois dans les fêtes de village.
La révolte a conduit à la loi sur les fraudes de 1907 et, plus tard, à la création des appellations d’origine.
Les caves coopératives
À partir des années 1900-1930, les caves coopératives se sont multipliées. Celle de Florensac date de 1935. Le principe : les vignerons mettent en commun leurs récoltes et partagent les coûts de vinification. Les bâtiments sont souvent imposants, parfois signés par des architectes, avec leurs façades en béton ou en pierre.
Mon père a livré du raisin à cette coopérative pendant des décennies. Mes frères continuent. C’est un lieu qu’on connaît bien dans la famille.
La fin du vin de table
Pendant la seconde moitié du XXe siècle, le Languedoc a produit du vin de table en quantité. Du vin pas cher, en vrac, vendu au litre. La réputation en a souffert. Le mot “Languedoc” sur une étiquette ne faisait rêver personne.
Le tournant est venu dans les années 1980-1990. L’Union européenne a financé des arrachages massifs pour réduire la surproduction. Beaucoup de vignerons ont arraché leurs vieilles vignes. Ceux qui sont restés ont changé de cap : moins de volume, plus de qualité. Nouveaux cépages (syrah, mourvèdre, grenache en plus du carignan et du cinsault), nouvelles techniques, nouvelles appellations.
Aujourd’hui
Le Languedoc est toujours le plus grand vignoble de France en surface. Mais ce n’est plus le même vin. Les AOC se sont multipliées : Languedoc, Picpoul de Pinet, Faugères, Saint-Chinian, Minervois, La Clape, Terrasses du Larzac. Les IGP Pays d’Oc permettent aussi des vins de cépage de bonne tenue.
Autour de Florensac, on est en plein territoire du Picpoul de Pinet. Un blanc sec, vif, qui accompagne bien les huîtres de l’étang de Thau. La cave coopérative de Florensac en produit, et plusieurs domaines privés aussi. Pomérols, Castelnau-de-Guers, Montagnac : les villages voisins sont tous dans la zone d’appellation.
Les jeunes vignerons s’installent, souvent en bio ou en biodynamie. Mes frères ont vu le métier changer. Le vin du Languedoc a changé de statut. Il n’est plus le parent pauvre de la viticulture française. Et quand les hôtes me demandent quoi boire, je les envoie à la coopérative. C’est à cinq minutes à pied.
Infos pratiques
- Cave coopérative de Florensac : route de Pézenas, ouverte du lundi au samedi, dégustation gratuite
- Abbaye de Valmagne : visite des cuves dans la nef, 9 euros, à 20 min de Florensac
- Picpoul de Pinet : blanc sec local, disponible dans toutes les caves du secteur
- Route des vins : circuit libre entre Florensac, Pomérols, Montagnac et Castelnau-de-Guers
Le vin, c’est le fil rouge du Languedoc depuis vingt siècles. À Florensac, la famille est dedans depuis des générations. Nos chambres d’hôtes sont le point de départ idéal pour explorer les caves et les vignobles du coin. Découvrir nos chambres.
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